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Ouagadougou a accueilli du 30 au 31 mars 2015 le 1er colloque Rain Cell Africa consacré à l’estimation des précipitations en Afrique à l’aide des réseaux de télécommunication. Cet atelier a pour objectif de développer les collaborations scientifiques et méthodologiques entre les acteurs scientifiques et opérationnels du Nord et du Sud. La rencontre a été suivie d’une école thématique destinée aux étudiants intitulée : « liaison hertziennes et précipitations : techniques et applications » les 1er et 2 avril 2015.

Des scientifiques venus entre autres d’Allemagne, de la France, d’Israël de la Suisse, des Pays Bas, du Mali, de la Tanzanie, du Burkina Faso ont échangé durant les deux jours sur une nouvelle technique qui devrait révolutionner l’estimation des pluies en Afrique. En effet, les scientifiques du consortium Rain Cell Africa viennent de tester avec succès au Burkina Faso une méthode extrêmement innovante de suivi des pluies.

Le principe est simple. Il s’agit de tirer parti d’une propriété des pluies bien connue des professionnels de la télécommunication. Selon le coordinateur de Rain Cell Africa, Pr François Zougmoré, les gouttes d’eau atténuent le signal radio transmis entre deux antennes. Deux phénomènes interviennent. D’une part, elles absorbent une fraction de l’énergie véhiculée par les ondes. De l’autre, elles diffusent ces ondes et les détournent de leur trajet initial. Ainsi, lorsqu’il pleut entre deux antennes relais, l’intensité des signaux reçus chute. Une préoccupation majeure pour les compagnies de téléphonie mobile, qui mesurent et enregistrent ces perturbations du signal hertzien afin de connaître en permanence l’état de santé de leur réseau.

Les compagnies nationales de téléphonie possèdent ainsi quantité d’informations sur les pluies dans leur pays. Une aubaine pour les études de suivi et spatialisation des précipitations, en particulier en Afrique. En termes simples, lorsque le signal télécom est émis entre deux pylônes, il transporte de l’information et lorsqu’il rencontre un nuage de précipitation pluie, ce signal perd en puissance et c’est la mesure de cette perte de puissance qui est utilisée pour déterminer la quantité d’eau de pluie tombée au sol. « C’est une première au plan mondial de pouvoir extraire ces types de données sur des fréquences aussi basses. Notre objectif c’est de pouvoir également exporter cette technique dans des pays voisins », a précisé le Pr Zougmoré.

Durant le colloque, l’un des initiateurs du Projet Rain Cell Africa, Marielle Gosset de l’Institut de Recherche pour le Développement(IRD) a indiqué que les chercheurs de certains pays comme les Pays-Bas et l’Allemagne ont démontré que ces techniques expérimentées dans leurs pays constituent un véritable succès. Selon elle, l’avantage de cette technique est qu’il dispense des Etats comme le Burkina de non seulement dépenser d’énormes sommes d’argent pour estimer la pluie sans pour autant couvrir le territoire, mais aussi elle va permettre d’avoir des alertes précoces sur des risques de sécheresses ou d’inondations.

« En général, pour estimer la pluie on utilise les radars, les satellites ou les jauges. Le problème est que les radars coûtent très chers, les satellites ne donnent pas toujours les précisions nécessaires et les jauges ne couvrent tout le Burkina, alors qu’avec notre technique nous couvrons pratiquement tout le pays si nous arrivons à travailler avec le maillage des trois téléphonies mobiles », a ajouté le Pr François Zougmoré.

Une technique qui gagnerait à être vulgarisé en Afrique

Rain Cell Africa a par ailleurs pour ambition, de vulgariser la technique dans d’autres pays, c’est pourquoi l’atelier entre chercheurs a été suivi d’une formation des étudiants sur la thématique de l’estimation des pluies.

« L’objectif de cette formation est de faire en sorte que la technique que nous avons mis au point au Burkina puisse être maîtriser, diffuser et disséminer par les jeunes chercheurs d’autres pays africains », a fait savoir le Pr Zougmoré.

Pour l’étudiant-doctorant, Ali Doumounia, cette initiative renforce leur capacité en matière d’estimation de la quantité d’eau de pluie tombée, en utilisant les signaux des téléphonies mobiles à travers les algorithmes qu’ils ont étudiés.

Selon, Frédéric Cazenave, ingénieur de recherche au Laboratoire d’étude des transferts en hydrologie et environnement (LTHE) à Grenoble et à l’IRD, la technique permet de couvrir le territoire sans pour autant dépenser énormément dans la mesure où les infrastructures ont déjà été réalisés par les opérateurs, lesquelles opérateurs compte tenu des besoins commerciaux sont obligés d’avoir des lignes correctes. « Ce qui suppose que nous aurons des informations de qualité sur tous les réseaux des téléphonies mobiles. Et nous n’avons pas besoin de se déplacer sur le terrain pour le faire, c’est à partir de Ouagadougou qu’on peut le faire », a-t-il souligné.

En rappel, c’est grâce à un partenariat avec l’opérateur burkinabé Télécel Faso que les chercheurs du laboratoire Lame de l’université de Ouagadougou et des laboratoires GET (IRD / CNRS / université Toulouse 3) et LTHE (IRD / CNRS / université Grenoble 1 / Grenoble INP) ont pu accéder aux précieuses données sur l’atténuation du signal hertzien, enregistrées par la compagnie lors de la mousson de l’année 2012. Ils en ont déduit les volumes de pluies tombés durant cette période et les ont comparés avec les mesures classiques de radars et pluviomètres.
L’efficacité de la méthode est démontrée : 95 % des événements pluvieux ont été détectés.

Rain Cell Africa est un consortium de scientifiques issus de différents instituts de recherche et d’universités : l’université de Ouagadougou et la Direction Générale de la Météorologie (Burkina Faso), universités Yaoundé et Douala (Cameroun), IRD (France), WASCAL, KIT (Allemagne), université de Tel Aviv (Israël), KMNI (Pays-Bas) etc.

Wendyaam Sawadogo
pour Lefaso.net

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